Appareils purificateurs d’air intérieur, nous prend-on pour des pigeons?

Avant même de s’intéresser au fonctionnement des appareils purificateurs et leur principe de dépollution,  il faut être précis sur le terme de pollution. Est-ce qu’on cherche à limiter la pollution biologique du logement, sa pollution chimique ou physique?

1. Maîtriser la pollution biologique

Il n’y a pas lieu de vouloir aseptiser son logement, même si le marketing télévisuel nous pousse à vouloir sans cesse éliminer 99,9% des bactéries…

Si votre logement est colonisé par les moisissures, l’hygrométrie est en cause (humidité excessive). L’acquisition d’un déshumidificateur peut être utile dans l’immédiat, pour limiter la prolifération des moisissures. Par contre pour assainir son logement, il est impératif de réaliser une petite enquête pour connaître l’origine et les causes de cette humidité excessive, afin d’y remédier et stopper le développement fongique. En parallèle, les matériaux poreux colonisés par les moisissures devront être remplacés (placo-plâtre, papier peint, joints en silicone…) et pour les surfaces non poreuses, elles peuvent être nettoyées (peintures, joints en mastique…), en pensant à se protéger (lunettes, gants, masque), si les surfaces sont importantes (surface > feuille A4).

Enfin en cas d’épidémie de grippe, rien ne vaut un lavage régulier des mains et éviter les contacts directs avec les personnes malades.

 

2. Maîtriser la pollution physique

Purificateur aspi
Fig 1 : exemples de « purificateurs »

Cela consiste à éliminer la poussière (visible à l’œil nu) et les particules grossières. Plusieurs appareils existent, ils fonctionnent tous sur le même principe; ils aspirent l’air qui passe dans des filtres plus ou moins fins selon leur classe.

Autant acheter un aspirateur, avec des filtres HEPA, au moins il pourra aller dans les coins et passer sous les meubles…

Les filtres HEPA sont des filtres qui peuvent retenir, selon leur classe, entre 85 et 99,995% des particules supérieures ou égales à 0,1µm (norme NF EN 1822).

L’inconvénient majeur est que ces filtres s’encrassent très rapidement, à privilégier alors, dans les foyers où certaines personnes sont sensibles à la poussière. Sinon un aspirateur relativement récent (qui retient ce qu’il aspire) suffit amplement.

Dernier point auquel on pense peu, laisser un appareil fonctionner tout ou une partie de la journée, entraîne une consommation électrique supplémentaire.

 

 3. Maîtriser la pollution chimique

C’est là, le véritable enjeu de la qualité de l’air intérieur, car les polluants chimiques sont prédominants dans l’habitat (sources multiples) et ont des effets très variables (irritants, allergisants, cancérigènes, perturbateurs endocriniens…)

Principes pour dépolluer chimiquement :

plantes d’intérieur

► appareils filtrants (fig 1) avec en plus du charbon actif, qui permet d’adsorber les composés chimiques

► filtres électrostatiques

► procédés de photocatalyse

► le plasma froid

Exemple des peintures photocatalytiques  :

Leur objectif est de dégrader les composés chimiques, dans des conditions normales de température et de pression atmosphérique. Ces peintures permettent l’adsorption des COV sur un catalyseur (le plus souvent il s’agit de dioxyde de titane – TiO2). En théorie les COV vont être dégradés en dioxyde de carbone (CO2) et vapeur d’eau (H2O), sous l’action des UV. En conditions réelles, la performance de ces peintures est toute relative. Pis l’innocuité n’est pas démontrée:

1. Le dioxyde de titane (TiO2) est classé 2B, cancérigène possible, par le CIRC depuis 2007

« ces risques sanitaires potentiels du TiO2 dépendent essentiellement de la granulométrie des particules et des niveaux d’exposition des occupants des bâtiments. Mais très peu de données sont actuellement disponibles sur les émissions de dioxyde de titane par les produits photocatalytiques et sur le devenir de ces émissions » (Bulletin de l ‘OQAI n°4, juin 2012)

2. Parfois la dégradation des COV aboutit à la formation de composés secondaires plus nocifs que les COV initiaux

« Le processus de dégradation des COV par photocatalyse est un processus lent. Il est encore plus lent avec les bioaérosols, autrement dit avec les particules d’origine microbienne, animale ou végétale de l’air. Quelle que soit la nature des polluants, cette faible cinétique de minéralisation s’accompagne d’une formation de produits issus de réactions incomplètes ou secondaires. Ces sous-produits, dont les quantités formées sont difficiles à prévoir en raison de la diversité et des fluctuations des conditions environnementales intérieures, sont parfois plus toxiques que ne le sont les polluants primaires. Il s’agit pour la plupart de formaldéhyde ou d’autres composés carbonylés ». [1]

Et pourtant les peintures dépolluantes  fleurissent déjà! Or il est totalement prématuré de promouvoir ces peintures photocatalytiques.

En conclusion

Les quatre principes énoncés plus haut fonctionnent tous… mais en conditions de laboratoire et dans certaines conditions en milieu professionnel. Mais aucun ne fonctionne en conditions réelles, dans le logement, car l’efficacité de ces procédés dépend de facteurs que nous ne maîtrisons pas ou trop peu:

► les polluants présents

Les polluants présents dépendront du type d’activités réalisées par les occupants du logement 

► les concentrations des polluants présents

Les concentrations des polluants vont varier selon l’efficacité du système de ventilation et selon les pratiques d’aération des occupants (ouverture des fenêtres)

► de la température et de l’humidité

Fluctuations selon le nombre de personnes dans le logement, les douches prises, le séchage du linge, la cuisine, la fréquence d’ouverture des fenêtres, la performance du système de ventilation… 

► des flux, des débits d’air

Temps de contact à respecter entre l’air « à dépolluer » et le procédé de « dépollution » (ex: passage via une centrale de traitement de l’air…)

► de l’entretien du procédé et de son vieillissement

Maintenance du procédé pour s’assurer de son fonctionnement, durée d’efficacité,…

Quelle solution?

Au final pour avoir une bonne qualité de l’air intérieur chez soi, il est préférable d’agir en amont, de maîtriser les sources de pollution, lire « préserver son environnement intérieur en 10 gestes »

De Elodie | 19 juillet 2015 | Habitat