Comment lutter contre les moustiques?

lutter contre les moustiques

Pour lutter efficacement contre les moustiques et leurs piqûres, à notre échelle, il faut:

1. éviter la prolifération des moustiques en traquant et éliminant toutes les eaux stagnantes à proximité du domicile. Accordez une attention particulière aux coupelles sous les pots de fleurs (vider le surplus), les bidons de récupération d’eau de pluie (ajouter un couvercle pour que les femelles ne puissent pas y pondre), et tous les jouets en plastique, qui dans leurs replis peuvent accumuler de l’eau (ex: couvercle de bac à sable, seau, dînette…)

2. acheter des moustiquaires, à placer au dessus des lits ou aux fenêtres. C’est de très loin le dispositif le plus efficace, économique (ré-usage chaque année), écologique et sans effet sur la santé (si les moustiquaires ne sont pas traitées avec des insecticides)! On en trouve à tous les prix et même des adhésives.

 

Les idées reçues

  • les bracelets aux huiles essentielles

Périmètre d’action hyper restreint, si ce n’est nul!

  • les prises anti-moustiques

Encore un paradoxe frappant concernant ces prises anti-moustiques! Il est clair que l’usage des pesticides est décrié par l’ensemble de la communauté, par contre quand il s’agit de laisser brancher une prise anti-moustique toutes les nuits pendant 6 à 8h, plus aucun problème à l’horizon!

les prises anti-moustiques = insecticides = pesticides

  • Les spirales à brûler

Les spirales, souvent à base de limonène (huile essentielle de citron), ont une action limitée à un volume restreint. Typiquement si la spirale est placée sur la table, le haut du corps est protégé mais pas les jambes. Le problème, c’est qu’en brûlant elle va émettre des polluants caractéristiques de la combustion, les mêmes qu’on retrouve à la sortie des pots d’échappement ou devant sa cheminée à foyer ouvert.

  • « J’habite à côté d’un bois ou d’un plan d’eau, je suis davantage impacté(e) »

Pas forcément. Ce qui fait la différence, c’est ces fameuses eaux qui stagnent pendant plusieurs jours mais ne sont pas permanentes. Les mares, les étangs, les cours d’eau… ne sont pas visés. Un écosystème est en place. Les larves de moustiques (aquatiques) et les adultes (ailés) vont être régulés par les poissons et les amphibiens qui s’en nourrissent.

 

Pour en savoir plus…

L’invasion des moustiques

Depuis quelques années l’accroissement constant des échanges internationaux ont permis l’expansion de certains arthropodes tels que les diptères et plus particulièrement les moustiques. En effet, la forte mobilité des hommes et des marchandises favorisent leur dispersion à travers le monde, par transports passifs. Les zones de frets, telles que les aéroports et ports internationaux sont particulièrement sensibles et surveillés.

C’est ainsi que le moustique tigre (Aedes albopictus), endémique des régions tropicales s’installe en métropole. Il est originaire d’Asie du sud-est, où il colonise préférentiellement les bambouseraies, son lieu de ponte.

 

Les moustiques potentiels vecteurs de maladies : chikungunya, dengue et paludisme

Un vecteur est un « arthropode hématophage qui assure la transmission biologique active d’un agent infectieux d’un vertébré à un autre vertébré » (Fecherolle 2008). Autrement dit un insecte, qui en se nourrissant de sang, est capable de transmettre un agent infectieux d’un organise à un autre. Dans cette configuration le moustique n’est pas affecté par l’agent infectieux. Il est le transport « sain ».

On distingue les moustiques du genre Culex, capables de transporter des parasites, comme Culex pipiens qui transmet le parasite Plasmodium  relictum, responsable du paludisme (= malaria). Le genre Aedes, dont le moustique tigre fait partie (Aedes albopictus), transmet lui des virus comme la dengue, le chikungunya ou encore le virus Zika et la fièvre jaune.

Toutefois la distinction entre moustiques vecteurs et non vecteurs a de moins en moins de signification. Tout moustique peut, en certaines circonstances, devenir vecteur de maladie, il y a seulement de très bons vecteurs et de très mauvais (Fecherolle 2008).  Cependant Fontenille (2010) précise que la vection n’est pas la règle, c’est plutôt l’exception, le résultat d’une longue coévolution.

 

Le cycle de vie des moustiques 

Le développement du moustique se caractérise par deux phases distinctes :

  • un cycle pré-imaginal qui se déroule en milieu aquatique et regroupe : l’œuf, les quatre stades larvaires et la nymphe ;
  • et la phase aérienne qui concerne l’adulte ailé, également appelé imago.

Seule la femelle pique. Elle a besoin de sang pour que ses ovocytes arrivent à maturation. Puis elle pond sur un support sec, traditionnellement à la verticale sur les bambous. Dès que les œufs sont immergés (sous l’eau), c’est le signal leur permettant de se développer.

cycle de vie moustique

La lutte contre les moustiques en France 

En l’absence de vaccin, la lutte anti-vectorielle reste le seul moyen de prévention et contrôle des épidémies.

La lutte anti-vectorielle repose sur trois grands axes qui sont: l’information de toutes les couches de la population ; l’assainissement du milieu individuel et collectif ; l’emploi raisonné d’insecticides. De plus un bon programme de surveillance visant à éviter l’infestation est bien moins coûteux qu’un programme d’éradication, qu’il faut mettre en place une fois que l’infestation a eu lieu. L’élément le plus efficace de la lutte anti-vectorielle repose donc sur l’aménagement de l’environnement.

Concrètement trois dispositifs existent:

  • Traitement larvicide (application dans l’eau où vont éclore les œufs et se développer les larves)

Ce traitement combine les toxines de deux bactéries, Bacillus turiengiensis souche israelis et Bacillus sphaericus. Ces toxines vont attaquer le tube digestif des larves. La préparation existe sous diverses formulations  (tablette, briquette, granulés en sachet hydrosoluble, granulés autodispersibles) en réponse à la diversité des situations de terrain.

  • Traitement imagocide (contre les adultes ailés)

Il se fait par l’utilisation de l’Aqua K-othrine ou deltaméthrine à des doses de 0,5-1g de matière active/ha, il s’agit d’un pyréthrinoïde de synthèse (pesticide) qui agit par contact et ingestion, lequel est appliqué en UBV (Ultra Bas Volume) par avion ou par des appareils au sol. La dispersion en mode UBV permet la formation d’un brouillard de microgouttelettes augmentant la probabilité de contact entre le produit et l’insecte.

  • La lutte mécanique (sans pesticide)

La lutte mécanique apparaît comme un moyen très efficace de lutte contre l’émergence d’adultes piqueurs. Il s’agit d’éliminer tous les récipients naturels ou anthropiques pouvant contenir de l’eau stagnante, soit en éliminant ces gîtes potentiels ou en les vidant de leur eau, soit en les couvrant afin d’empêcher les femelles de venir y pondre. La participation de la communauté est déterminante pour assurer son succès. Cette lutte correspond à l’aménagement de l’environnement préconisé par la lutte anti-vectorielle, et elle est très prometteuse, car elle ne demande l’application d’aucun insecticide (pas de risque d’apparition de résistance et de contamination de l’environnement) et son coût est dérisoire, si ce n’est l’investissement de la population. Il est donc très important de ne pas sous-estimer l’importance que les communautés peuvent jouer dans la lutte anti-vectorielle!

Bibliographie:

EID Méditerranée (2009). Surveillance du moustique Aedes albopictus en France métropolitaine, Bilan 2009. Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen. 1-19

Fecherolle, J. (2008). Evaluation de l’efficacité des actions en lutte anti-vectorielle en France : Etats des lieux et recommandations. Institut de Recherche pour le Développement. 1-50

Fontenille, D (2010). Vecteurs d’arbovirus et indicateurs de lutte. Présentation à l’université de Montpellier. Disponible sur http://www.mpl.ird.fr/ur016

Fontenille, D., Balenghien, T., Bley, D., Desenclos, J.C., Lagneau, C., Malin, E. et Setbon, M. (2009 a) Comment la recherche contribue-t-elle à l’amélioration de la LAV ? Institut de Recherche pour le Développement. 590-638

Ministère de la Santé et des Sports (2010). Circulaire n°DGS/RI1/2010/163 du 17 mai 2010, relative aux modalités de mise en œuvre du plan anti-dissémination du chikungunya et de la dengue en métropole. 1-58

Organisme Mondial de la Santé (1998). Dengue hémorragique : diagnostic, traitement, prévention et lutte, 2ième édition. 49-62

Yebakima, A., Schucht, G., Vernerey, M. et Mouchet, J. (1979). Situation Aedes aegypti en Martinique et considération sur la stratégie de lutte.  Entomologie médicale et parasitologie. 17 : 213-21

De Elodie | 26 juin 2016 | Habitat