Eau de source, eau minérale, eau du robinet : laquelle choisir?

eau en bouteille versus eau du robinet

En fonction du bénéficiaire, certaines eaux peuvent être à privilégier. Par exemple pour les nourrissons et jeunes enfants, il est coutume de s’orienter vers les eaux de source, alors que l’eau du robinet ou certaines eaux minérales pourraient également convenir.

Le critère des déchets générés par les bouteilles en plastique (eau de source ou minérale) a été intentionnellement laissé de côté, dès lors qu’elles sont jetées dans le bac de tri sélectif…

 

1.  Les Eaux Minérales Naturelles (EMN)

Caractéristiques:

  • Les eaux minérales naturelles sont toujours d’origine souterraine
  • Elles sont microbiologiquement pures et leurs caractéristiques chimiques doivent être stables (toujours la même composition)
  • Elles sont captées et mises en bouteille à l’état brut sans avoir subi de traitement

 

Spécificités :

  • Une eau ne peut être qualifiée d’eau minérale naturelle que si elle a été retenue comme bénéfique pour la santé après rapport et avis favorable de l’Académie Nationale de Médecine et le Ministère de la Santé (arrêté du 14 mars 2007)
  • Ce sont des eaux plates ou gazeuses: « les eaux minérales naturelles effervescentes dégagent, à l’origine ou après embouteillage, spontanément et de façon nettement perceptible, du gaz carbonique dans les conditions normales de température et de pression, soit plus de 250mg/L de CO2 libre » (directive CEE N°80/777 du 15 juillet 1980 – Annexe 1)

 

 Points de vigilance:

  • Elles peuvent convenir pour l’alimentation des jeunes enfants, à condition qu’elles soient très faiblement minéralisées. La teneur en sels minéraux (exprimée en résidu fixe à 180°C) ne doit pas être supérieure à 50 mg/L et s’assurer, pour les nourrissons, qu’il y ait la mention « convient à l’alimentation du nourrisson ».
  • Il est conseillé de varier les eaux minérales car leur minéralisation peut entraîner des troubles physiologiques (excès de sel, excès de magnésium ou de sulfates, peut avoir des conséquences sur les reins et le système digestif)

 

2. Les Eaux de source

Caractéristiques:

  • Il s’agit également d’eaux souterraines
  • Elles sont microbiologiquement saines, mais quelques traitements peuvent être autorisés (Articles R 1321-69 à R 1321- 102 du Code de Santé Publique), contrairement aux eaux minérales.
  • Aucune obligation de stabilité dans leurs compositions chimiques, ainsi une marque peut avoir plusieurs sources (plusieurs points de captage).

Aucun point de vigilance particulier, si ce n’est ceux abordés dans le point 4. Elles conviennent à l’alimentation quotidienne de toute la famille (pour les nourrissons, s’assurer qu’il y ait la mention « convient à l’alimentation du nourrisson »).

 

3. Eau « du robinet » 

L’eau de distribution publique peut avoir 3 origines différentes: une source souterraine, des captages superficiels (rivières) ou l’eau de mer; bien que l’expérimentation à Belle Île ait remis en cause ce type de procédé, à cause notamment du coût et des impacts écologiques. En France métropolitaine, 56 % de la population est alimentée par une eau d’origine souterraine et 44% par des captages en rivières.

Avant d’arriver au robinet, l’eau subit une série de traitements visant à la rendre potable (fig 1). Les usines de potabilisation n’ont rien à voir avec les stations d’épuration (STEP).

CIEAU
Fig 1. Cheminement de la potabilisation de l’eau (source : www.cieau.com)

 

L’eau est analysée avant son entrée dans l’usine de potabilisation, en sortie et aux robinets publics, afin d’assurer une qualité microbiologique et physico-chimique à l’ensemble des administrés. La fréquence des analyses dépend du volume d’eau annuellement produit (arrêté du 21 janvier 2010 [4])

 

4. Les points de controverse


4.1. des eaux en bouteille

Les eaux en bouteille peuvent présenter une radioactivité plus ou moins importante, qu’on ne retrouve pas dans l’eau du robinet. En parallèle le PET (polytéréphtalate d’éthylène), plastique utilisé pour la fabrication des bouteilles d’eau, suscite des inquiétudes, quant au relargage possible de phtalates. Toutefois, il est impossible de trancher avec certitude (en l’état actuel des connaissances), bien que le risque semble très limité, lorsque les bouteilles sont conservées à l’abri du soleil et de la chaleur. En effet la migration des composés du plastique vers les aliments (eau inclus) opère davantage lorsque le plastique est chauffé.

bonbonnePar contre le plastique des bonbonnes des fontaines à eau, doté du n°7,  pouvait effectivement relargué un polluant, nommé bipshénol A (BPA). Néanmoins 60 Millions de consommateurs qui a testé 3 bonbonnes de ce type, indique qu’une seule était contaminée par le BPA, à hauteur d’une dizaine de microgrammes par litre [1].

Les instances sanitaires françaises reconnaissent le BPA comme perturbateur endocrinien. De ce fait depuis le 1er janvier 2015, il a été interdit dans tous les emballages alimentaires. Cependant l’Union Européenne ne reconnait pas ses effets endocriniens et pourrait soumettre la France a révisé cette interdiction, car elle constitue un frein à la libre circulation des marchandises. De plus l’inconvénient majeur à la substitution du BPA est que d’autres bisphénols sont utilisés pour leur propriétés similaires. Or le bisphénol S (BPS) et bisphénol F (BPF) semblent, selon les premières études, avoir les mêmes effets que le BPA (cf. BPA, Est-ce une erreur de l’interdire?)  

 

4.2. de l’eau du réseau de distribution

  • Perchlorates & Nitrates

Selon la zone géographique de son domicile, on peut être soumis à une pollution aux perchlorates ou aux nitrates. Les premiers sont liés à la désintégration/détérioration des armes et munitions enfouies dans le sol lors de la seconde guerre mondiale. Les territoires les plus touchés sont le Nord et l’Est : Nord Pas de Calais, Picardie, Champagne Ardennes et Lorraine. 

Les perchlorates interfèrent avec la thyroïde et peuvent perturber son fonctionnement. Les femmes enceintes et allaitantes, ainsi que les nourrissons (de moins de 6 mois)  sont particulièrement vulnérables. Si les teneurs dépassent 15µg/L, les préfets sont tenus de mettre en place des arrêtés de restriction sur la consommation d’eau pour avertir les personnes vulnérables.

Les nitrates sont liés à l’activité agricole (engrais). La valeurs limite pour l’eau de consommation humaine s’élève à 50mg/L. Les nourrissons sont à nouveau les plus vulnérables (risque de méthémoglobinémie), pour éviter ce risque il est conseillé de ne pas dépasser une concentration de 10mg/L [2].

« La méthémoglobinémie est causée par la capacité réduite du sang à transporter l’oxygène vital dans l’ensemble de l’organisme » (OMS)

Toutefois l’Académie Nationale de Médecine rappelle que depuis 1950, dans les pays développés, aucun cas de méthémoglobinémie n’a été rapporté.

A tout moment, vous pouvez connaitre la qualité de votre eau, soit en vous rendant en mairie soit par internet.

 

  • Aluminium

Au cours de la potabilisation, l’aluminium est présent à l’étape de « floculation ». Des sels d’aluminium sont ajoutés, permettant d’agréger divers composés, qui seront par la suite filtrés.

Le reportage à charge « Du poison dans l’eau » diffusé sur France 3, le 2 mars 2012, laissait penser que l’aluminium favoriserait la neurodégénérescence et serait ainsi impliqué dans la survenue de la maladie d’Alzheimer, alors qu’aucune donnée probante n’abonde dans ce sens (cf. L’aluminium et les maladies neurodégénératives – Le cas de la maladie d’Alzheimer).

« L’expertise collective de l’InVS, AFFSA et Afssaps n’a pas retenu de lien causal entre l’exposition par voie digestive à l’aluminium et la maladie d’Alzheimer » [2].

A contrario des nitrates, il n’y  a pas de valeur limite pour l’aluminium, seulement une valeur de référence, qui est de 200µg/L.

Une alternative reste possible. Elle consiste à remplacer les sels d’aluminium par des sels de fer, mais cela nécessite de changer toutes les unités de production…

 

  • Chloration

Toujours au cours du traitement de l’eau, du chlore est ajouté pour maintenir une qualité microbienne satisfaisante. La concentration en tout point du réseau doit être de 0,1mg/L (de chlore libre). Ce seuil est élevé à 0,3mg/L, dans le cadre du plan vigipirate. L’objectif étant de réduire l’activité de la toxine botulique en cas de contamination du réseau.

La controverse se situe au niveau des sous-produits du chlore (lors de sa dégradation). Ces sous-produits sont les chloramines. Elles sont très irritantes pour les voies respiratoires et peuvent induire une sensation de brûlure au niveau de la muqueuse nasale. Toutefois les chloramines sont produites lorsque le chlore réagit avec de l’ammoniac, c’est-à-dire de l’urine. Ainsi ce sont les eaux des piscines qui sont concernées et non l’eau du réseau.

 

  • Plomb

Métal malléable, il a été largement utilisé dans les années 50 et 60, dans  la confection des canalisations d’eau potable. Or le plomb est un neurotoxique et provoque une maladie nommée saturnisme.

« Cette source d’intoxication au plomb représente le plus souvent une faible part mais contribue à l’imprégnation de l’organisme » [2].

Le relargage du plomb dans l’eau est favorisé quand l’eau est chaude et à stagner pendant un moment (robinet non ouvert depuis plusieurs jours).

A partir de 1995, les canalisations d’eau potable en plomb ont été interdites. Et depuis le 25 décembre 2013, la valeur limite du plomb a été abaissée de 25µg/L à 10µg/L, obligeant de ce fait le remplacement des dernières canalisations en plomb.

 

5. Imprégnation de l’environnement

  • Résidus de médicaments

Le rapport de l’Anses, publié en mai 2011, portait sur l’analyse de 285 échantillons d’eaux traitées et eaux brutes (avant traitement), et s’attachait à rechercher systématiquement 76 molécules classées prioritaires par l’Afssa – Agence française de sécurité sanitaire des aliments, en 2008 [3]. Seules 45 molécules ont pu être dosées.

De manière attendue, les eaux brutes souterraines sont de meilleures qualité que les eaux brutes superficielles: 70% des eaux brutes souterraines étaient exemptes de traces de résidus de médicaments, contre 35% pour les eaux brutes superficielles. Par contre après traitements et peu importe l’origine (souterraine ou de surface), 75% des échantillons ne contenaient plus aucune molécule quantifiable et le restant (25% des échantillons) révélait la présence simultanée d’1 à 4 molécules possibles à quantifier, dont 9 fois sur 10, la teneur était inférieure à 25 ng/l .

Cette étude nous indique deux choses. La première est que notre environnement, au sens le plus large du terme, est largement imprégné d’une pollution diffuse. La deuxième est que cette pollution est très faible. Les concentrations mesurées sont de l’ordre du nanogramme (nm) soit 1 milliards de fois plus faible que le gramme. Est-ce qu’une exposition de l’ordre du nanogramme peut entraîner des effets sanitaires délétères? Peut-être / Peut-être pas, tout dépend de la molécule et de nos connaissances sur cette molécule.

Enfin il serait facile d’accuser les hôpitaux, laboratoires pharmaceutiques et autres groupes de la chimie, de polluer notre environnement, malheureusement la responsabilité est (largement) partagée avec les particuliers. Les infrastructures pouvant avoir un impact non négligeable sur l’environnement répondent à une législation particulière (ICPE) et sont surveillés. Par contre les rejets aqueux des particuliers ne sont soumis à aucune réglementation, or dans nos urines nous retrouvons des résidus de médicaments (pilule contraceptive, antibiotiques, corticoïdes et stéroïdes…)

 

  • Pesticides

La somme totale de pesticides présents dans l’eau de consommation ne doit pas dépasser 0,5µg/L (valeur limite). Les données du Ministère de l’Ecologie indiquent que seul 29% des points de mesure « semblent exempts de contamination ». Ce chiffre chute à 12% pour les eaux de surface. Ces premiers chiffres mettent en exergue la contamination générale de l’environnement. D’après le Ministère de l’Ecologie, les régions relativement préservées sont « celles où l’élevage est prédominant, comme le Massif central » [5].

Respectivement 0,4% et 1,6% des points de mesures ne respectait pas la valeurs limite de 0,5µg/l, pour les eaux souterraines et les eaux superficielle (fig 2 et 3).

carte France pesticide
Fig 2.

 

 

Fig. 3
Fig. 3

 

Le nombre de pesticides quantifiés est largement supérieur dans les eaux superficielles que dans les eaux souterraines (fig 4 et 5). Plus de 20 pesticides différents ont été quantifiés pour 26,4% des points de mesure, contre 1% pour les eaux souterraines. Comme attendu le bassin francilien et le couloir Rhodanien sont les plus touchés.

 

carte France NB pesticide
Fig 4.

 

Fig 5.
Fig 5.

 

Le plan Ecophyto, lancé en 2008, devait permettre d’améliorer la qualité des eaux de surface et souterraines, via la suppression progressive de 53 molécules, classées comme les plus dangereuses, et la réduction de moitié des usages de pesticides d’ici 2018. Bien qu’ambitieux, le plan patine et de nouvelles orientations ont été définies afin de maintenir le cap de 2018.

Pour connaitre la qualité de son eau

 

 

Bibliographie

[1] 60 Millions de consommateurs, Inquiétante présence du bisphénol A dans les bonbonnes d’eau, article du 10 avril 2013

[2] Académie Nationale de Médecine, Rapports 11-02 Les eaux de consommations humaine et la santé publique en France métropolitaine, Bull Acad Natle Med, 195, N°2, 403-429, séance du 8 février 2011

[3] Anses, Rapport sur la campagne nationale d’occurrence des résidus de médicaments dans les eaux destinées à la consommation humaine, mai 2011

[4] Arrêté du 21 janvier 2010 modifiant l’arrêté du 11 janvier 2007 relatif au programme de prélèvements et d’analyses du contrôle sanitaire pour les eaux fournies par un réseau de distribution, pris en application des articles R. 1321-10, R. 1321-15 et R. 1321-16 du code de la santé publique.

[5] Service de l’Observation et des Statistiques (SOeS) du Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, mis à jour le 9 mars 2015.

De Elodie | 30 janvier 2016 | Modes de vie