Huiles essentielles, à la mode mais pas sans risque

Huiles essentielles

Les huiles essentielles sont des composés chimiques d’origine naturelle, parfois même « bio », pour autant elles ne sont pas sans risque. Elles sont puissantes et doivent être utilisées en tout état de cause. Elles n’ont pas lieu d’être utilisées en routine… même si elles sont vendues en pharmacie…car elles peuvent être irritantes, sensibilisantes et même toxiques.

 

Retour aux sources – une huile essentielle c’est quoi ?

Les huiles essentielles sont des métabolites secondaires.

Chez les végétaux, on distingue :

  1. Les métabolites primaires : essentiels au développement et à la croissance des végétaux.
  1. Les métabolites secondaires : indirectement indispensables à la survie des plantes.

Les métabolites secondaires confèrent des avantages aux plantes qui leur permettent de se défendre (propriétés répulsives contre les ravageurs), d’assurer leur reproduction (propriétés attractives)… De manière générale, les métabolites secondaires permettent les interactions entre les plantes (allelopathie).

Les métabolites secondaires sont de 3 grands types : les polyphenols ; les alcaloïdes et les terpènes. Ces derniers donnent par extraction, les huiles essentielles également appelées essences végétales.

Les métabolites secondaires sont loin d’être tous connus et leurs propriétés clairement identifiées.

 

Les huiles essentielles sont des composés terpéniques

Les huiles essentielles peuvent être des terpènes (hydrocarbures) ou un des nombreux dérivés, (alcools,aldéhydes,cétones, acides), de structure apparentée, et qui sont considérés comme des composés terpéniques.

Ce sont des molécules chimiques lipophiles (ou hydrophobes), miscibles dans les huiles végétales (ex : huile d’olive, huile de tournesol…) et les solvants (ex : alcool…) mais qui ne se mélangent pas à l’eau. La puissance des huiles essentielles provient de cette propriété lipophile.

Ces molécules chimiques sont très volatiles. Elles sont regroupées sous le nom de COV (composés chimiques volatils), dont on parle beaucoup en matière d’air intérieur.

 

Modes d’actions

Les molécules lipophiles vont avoir la capacité de passer la peau (l’épiderme) et de pénétrer dans l’organisme. Cela s’appelle la diffusion passive.  En traversant le derme, les huiles essentielles vont être capables d’asphyxier les cellules (effets chauffant), d’accélérer le flux sanguin (irritation), de perturber l’équilibre osmotique (effets diurétique), modifier la fluidité membranaire…

Leurs modes d’actions sont généraux et non ciblés ce qui en fait des biocides puissants. Ainsi les huiles essentielles sont actuellement à l’étude, pour lutter contre les maladies nosocomiales dans les hôpitaux, là où la résistance aux antibiotiques fait rage.

 

Voies d’exposition

La voie d’exposition dépend de l’usage de l’huile essentielle : en lotion sur le corps (exposition via la peau), en spray (exposition via les voies respiratoires) ou en prise orale (exposition via l’ingestion).

Mais en vue des usages les plus communs, la première voie d’exposition est la peau (diffusion passive), le passage sera d’autant plus facilité si la peau présente des lésions; suivi des expositions par inhalation et ingestion.

 

Toxicité diverse des huiles essentielles

Les huiles essentielles sont très nombreuses et ont des propriétés très différentes les unes des autres. Il est indispensable de lire les précautions d’usage, et de demander conseils à un professionnel lorsqu’on souhaite se lancer dans l’aromathérapie. Car outre les effets bénéfiques des huiles essentielles vantés en magasin ou dans les magazines, il convient de garder à l’esprit qu’elles sont très puissantes et qu’elles peuvent être :

  • Sensibilisantes : huile de melaleuca (arbre à thé), fenouil, bergamote et huiles essentielles d’agrumes…
  • Photosensibilisantes (provoquent l’apparition de tâches brunes lors d’une exposition au soleil) : les essences d’agrumes…
  • Irritantes : essence de térébenthine, limonène…
  • Hépatotoxiques (toxiques pour le foie) : menthe pouliot…
  • Neurotoxiques (toxiques pour le système nerveux) : huile de camphre, menthol, thuyone (présente dans l’absinthe), limonène
  • Abortives : menthe poivrée ; sauge officinale…

 

Attention ! les propriétés d’une huile essentielle divergent en fonction des sous-espèces de la plante. Exemple avec la sauge :  

– La sauge officinale est à proscrire pendant  toute la grossesse (abortive & neurotoxique)

– La sauge sclarée est autorisée à partir du 4ème mois de grossesse

Enfin la plante aromatique et son huile essentielle sont également totalement différentes, utiliser des feuilles de sauge comme aromate dans un plat ne constituent aucun danger.

 

Bénéfices des huiles essentielles

Les huiles essentielles ont également des propriétés salvatrices qui peuvent être substituées à des médicaments. Elles s‘inscrivent dans la démarche de l’aromathérapie. La plus connue est probablement l’huile d’eucalyptus, avec ses propriétés expectorantes, dégageant ainsi les voies respiratoires lorsqu’elles sont encombrées.

 

Et dans le logement : huile essentielle et qualité de l’air intérieur ?

Les huiles essentielles sont vendues pour purifier l’air intérieur. La première question que l’on peut se poser est « mon intérieur a-t-il besoin d’être purifié ? » dans le sens de désinfecter. Absolument pas !

Ensuite les huiles essentielles sont des composés chimiques très volatils, ce sont des COV (composés organiques volatils) et contribuent à la pollution chimique du logement, d’autant plus qu’elles réagissent avec d’autres molécules pour former des produits secondaires parfois plus nocifs comme le formaldéhyde [1;2].

D’ailleurs l’UFC Que Choisir avait intitulé le spray Puressentiel « Le bien mal nommé. Le spray assainissant Puressentiel prétend purifier l’air mais il le charge en polluants. »

pureessentiel

 

En conclusion, n’utilisez jamais d’huile essentielle en routine. Posez-vous d’abord la question « pourquoi je veux les utiliser ? » et suivez toujours les précautions d’usage en lisant les recommandations au dos de l’emballage.

 

 

[1] Chiappini L, Rossignol S, Rio C, Ustache A, Fable S, Nicolle J et Nicolas M. Formation d’aérosols organiques secondaires en air intérieur : le rôle des produits ménagers. Pollution Atmosphérique, 2012, n° 213-214 : 99-106

[2] Marlet C et Lognay G, Les monoterpènes : sources et implications dans la QAI, Biotechnol Agron Soc Environ, 2011, 15 : 61-622

De Elodie | 8 juillet 2015 | Modes de vie