Que sait-on de la cigarette électronique?

Mise à jour, juin 2016.

Le Haut Conseil de Santé Publique, a actualisé son avis sur les risques et bénéfices liés à l’usage de cigarettes électroniques (avis du 22 février 2016)

Des travaux du HCSP, il ressort que la cigarette électronique :

– peut être considérée comme une aide pour arrêter  ou réduire la consommation de tabac des fumeurs;

– pourrait constituer une porte d’entrée dans le tabagisme ;

– induit un risque de renormalisation de la consommation de tabac compte tenu de l’image positive véhiculée par son marketing et sa visibilité dans les espaces publics.

Néanmoins les cigarettes électroniques restent fortement déconseillées aux femmes enceintes, car la nicotine est toxique pour le développement du système nerveux et du système respiratoire du fœtus.

 

Article initial, octobre 2015.

Les études scientifiques se multiplient,  pourtant il est impossible de tirer des conclusions générales applicables à toutes les cigarettes électroniques disponibles sur le marché.

En effet, en l’absence de réglementation, la composition varie d’une e-cigarette à l’autre. Par conséquent il est impossible de comparer les résultats d’études et les premières informations listées ci-après sont purement indicatives.

Le débat actuel n’est pas autour de la potentielle nocivité de la cigarette électronique, mais autour de ses usages : renormalisation du tabac ou entrée des non-fumeurs dans le tabagisme classique.

 

Composition

Les fabricants prétendent que les e-cigarettes n’émettent « que de la vapeur d’eau », alors que l’OMS  le caractérise « d’aérosol de vapeur d’eau ».

e-cigarette

Les cigarettes électroniques sont principalement composées de propylène-glycol et/ou glycérine (=glycérol), de nicotine, d’un parfum/arôme [2 ; 3] et parfois d’éthanol [6]. Mais encore une fois, comme il n’y a aucune législation en vigueur pour le moment, d’autres éléments chimiques que ceux précédemment cités, peuvent entrer dans leur composition.

D’ailleurs les concentrations de nicotine mesurées varient du tout au tout. Parfois la concentration en nicotine réellement mesurée est inférieure à celle indiquée sur l’emballage, et parfois c’est l’inverse, la concentration en nicotine est plus élevée que celle indiquée. Elle varie entre 0mg/ml de nicotine à 24mg/ml [6], voire même 36mg/ml [2], alors que l’UE, dans son projet de « directive tabac », vise une concentration à 20mg/ml maximum.

 

Effets sanitaires

Les effets sanitaires du propylène-glycol et de la glycérine son bien connus, car ils sont largement utilisés dans l’industrie du théâtre et des boîtes de nuit pour créer de la fumée. Ce sont des irritants des voies respiratoires supérieures [2; 3]. Ainsi en présence d’asthmatiques, cette fumée peut être responsable de l’exacerbation de leurs symptômes jusqu’à la crise d’asthme par exemple.

Par contre les effets sanitaires à long terme des cigarettes électroniques, à la fois pour les vapoteurs et les vapoteurs passifs, sont totalement inconnus à ce jour. Bien que plusieurs études aient mis en évidence plusieurs types d’émissions.

 

Substances potentiellement émises par les cigarettes électroniques

Toutes les substances chimiques citées ci-après, ne sont pas systématiquement mesurées. Comme la composition des e-cigarettes n’est pas homogène (liée à l’absence de réglementation), les composés chimiques émis lors de leurs utilisations varient également.

  • Traces de nitrosamines* (TSNA – tobacco-specific nitrosamines) [3 ; 7] et faibles niveaux de HAP : anthracène, phénanthrène, 1-methyl phénanthrène et pyrène [7]

Toutefois l’auteur conclut que les niveaux d’expositions aux polluants mesurés dans l’aérosol ne constitueraient pas un risque pour la santé ; tout en précisant que les données sont trop peu nombreuses et les cigarettes trop différentes (dans leur composition) pour définir avec certitude une évaluation du risque. Les recherches sont à poursuivre.

  • Formaldéhyde* (lié à la dégradation de propylène glycol) [4]

« l’e-cigarette est 5 à 15 fois plus cancérigène que le tabac »

(Edito du journal The New England Journal of Medicine).

Cette allégation n’est pas confirmée par la communauté scientifique.

  • Libération de radicaux libres et espèces réactives de l’oxygène, comme dans la fumée de cigarette classique, émissions de cuivre et nanoparticules [5]
  • Particules* (PM 2,5), [9]

Même pour les émissions de particules les conclusions des auteurs diffèrent. Pour Schober un risque est possible

« Nos données confirment que les e-cigarettes ne sont pas « sans émission » et leurs polluants pourraient être un problème de santé pour les utilisateurs et les non-fumeurs (vapotage passif). En particulier, les particules ultrafines formées (…) qui peuvent se déposer dans les poumons, et la nicotine contenue dans l’aérosol semble capable d’augmenter la libération des molécules de signalisation inflammatoire (…)» [8].

Alors que pour Bertholon les risques sont très faibles

 « leur (particules produites par les e-cigarettes) demi-vie dans l’air ambiant étant environ 100 fois plus courte que celle des cigarettes classiques et de la chicha, le risque de tabagisme passif semble très limité (…) » [2].

Que peut-on en conclure ?

  1. Les résultats sont obtenus à titre indicatif, il est impossible de généraliser les données observées à l’ensemble des cigarettes électroniques car elles peuvent être très différentes les unes des autres.
  1. Pour les personnes sensibles « asthmatiques, BPCO » l’e-cigarette reste déconseillée, à cause de son aérosol irritant.

En plus l’OMS déconseille fortement l’usage de tous dispositifs délivrant de la nicotine, pour les adolescents, les femmes enceintes et en âge de procréer, ainsi qu’auprès des enfants, « parce que l’exposition du fœtus et de l’adolescent à cette substance a des conséquences à long terme sur le développement du cerveau. »

  1. Pour les fumeurs, qui utiliseraient les e-cigarettes comme dispositifs d’aide au sevrage, la cigarette électronique reste bien moins nocive que la cigarette classique. Bien que pour le moment les e-cigarettes ne sont pas reconnues comme des dispositifs d’aide au sevrage tabagique par les instances sanitaires.
  1. Ses usages font polémiques.

 

Les usages de l’e-cigarette, au cœur des débats

En effet, la préoccupation majeure liée à la massification des ventes de cigarettes électroniques, concerne ses usages plutôt que ses effets sanitaires à long terme. Comme le résume l’auteur de la publication La cigarette électronique : outil thérapeutique, phénomène social ou business ?

« en l’absence de réglementation, à ce jour, le rapport bénéfice/risque des SEDEN (Système électronique de délivrance de nicotine) comme aide à l’arrêt de la consommation tabagique et leur profil d’effets indésirables ne peuvent pas être évalués. » [1]

Par contre les usages, eux, sont mieux documentés et les inquiétudes proviennent :

  • de la re-normalisation du tabac : l’e-cigarette est non pas utilisée comme moyen de sevrage, mais comme parage pour continuer à « fumer » dans les espaces publics quand la cigarette classique y est interdite [8].
  • et pour les non-fumeurs, l’entrée dans la dépendance nicotinique avec son corollaire l’entrée dans le tabagisme (classique). Ce risque semble particulièrement élevé chez les jeunes [10]

 

Ces inquiétudes sont partagées par le Haut Conseil de Santé Publique (publiées dans son avis du 25 avril 2014) et le Ministère de la Santé qui a, depuis le 17 mars 2014, interdit la vente des e-cigarettes aux mineurs.

Un vide juridique existe également autour de la promotion (publicité) des cigarettes électroniques et de leur utilisation en milieu clos. L’Observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie rappelle que :

  • La cigarette électronique ne constitue pas un produit du tabac au regard de la législation actuelle en France, puisqu’elle n’en contient pas et qu’elle ne produit pas de combustion
  • Pour le moment, seul le règlement intérieur d’une entreprise peut permettre cette restriction de l’usage
  • La publicité pour la cigarette électronique n’est pas spécifiquement interdite mais peut tomber sous le coup de la loi Évin

 

Enfin l’Agence Nationale de Santé et du Médicament (ex afssaps) rappelle que « La cigarette électronique n’est pas un produit de sevrage ou un médicament puisqu’aucun fabricant ne revendique ce statut, qui l’obligerait alors à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) » et partage les préoccupations du Haut Conseil de Santé Publique, « (…) comme pour la cigarette classique, consommer des cigarettes électroniques peut induire une dépendance, pour toute quantité de nicotine contenue dans les cartouches. L’usage de ce produit expose donc les utilisateurs qui n’étaient dépendants ni aux cigarettes, ni à la nicotine, à un risque de dépendance primaire. » (Communiqué du 30 mai 2011)

 

*Les PM, nitrosamines et formaldéhyde sont classés comme des cancérogènes avérés

 

Bibliographie :

[1] Berlin I, La cigarette électronique : outil thérapeutique, phénomène social ou business ? La revue de médecine interne, 2015, 36 : 405-410

[2] Bertholon JF, Becquemin MH, Roy M, Roy F, Ledur D, Annesi Maesano I, Dautzenberg B (2013) Comparaison de l’aérosol de la cigarette électronique à celui des cigarettes ordinaires et de la chicha, Revue des Maladies Respiratoires, 30: 752-757

[3] Callahan-Lyon P (2014) Electronic cigarettes: human health effects, Tobacco Control, 23:36-40

[4] Jensen RP, Luo W, Pankow JF, Strongin RM, Peyton DH (2015) Hidden Formaldehyde in E-Cigarette Aerosols, The New England Journal of Medicine (edito)

[5] Lemer CA, Sundar IK, Watson RM, Elder A, Jones R (2015) Environmental health hazards of e-cigarette and their components : oxidants and copper in e-cigarette aerosols, Environmental Pollution, 198: 100-107

[6] Lisko JG, Tran H, Stanfill SB, Blount BC, Watson CH (2015) Chemical composition and evaluation of nicotine, tobacco alkaloids, pH, and selected flavors in e-cigarette cartridges and refill solutions, Nicotine & Tobacco Research, 1-9

[7] Orr MS (2014) Electronic cigarettes in the USA: a summary of available toxicology data and suggestions for the future, Tobacco Control, 23 : 18-22

[8] Vallée JP, Gallois P, Le Noc Y (2014) E-cigarette: vapoter vaut-il mieux que fumer? Médecine; 10: 121-126

[9] Schober W, Szendrei K, Matzen W, Osiander-Fuchs H, Heitmann D (2014) Use of electronic cigarettes impairs indoor air quality and increase FeNO levels of e-cigarette consumers, Int J Hyg Environ Health, 6 : 628-637

[10] Willis TA, Knight R, Williams RJ, Pagano I, Sargent JD (2015) Risk factors for exclusive E-cigarette use and dual E-cigarette use and Tobacco use in adolescents, Pediatrics, 135: 43-48

De Elodie | 18 juin 2016 | Modes de vie