Allergies et asthme, démêler le vrai du faux

Quelques chiffres

► Dans les pays industrialisés, environ 30% de la population est allergique.

► Au cours des 30 dernières années, le nombre de personnes allergiques a doublé. L’OMS estime qu’en 2050, 50% de la population mondiale sera allergique.

► Les pays anglo-saxons sont les plus touchés: le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande; suivis des pays d’Europe centrale, comme la France, la Suisse, l’Allemagne, la Belgique… Et enfin, les plus épargnés, les pays Scandinaves et d’Europe du Sud.

► En France métropolitaine, la prévalence de l’asthme, tout âge confondu, est estimée à 7%, soit 4 millions d’individus. Chaque année près de 1 000 personnes décèdent encore d’une crise d’asthme.

► 40% de la population française est atopique (prédispositions génétiques).

► L’allergie a une part d’hérédité. Un enfant ayant deux parents souffrant d’une allergie a 60 % de risque d’être lui-même allergique. La probabilité grimpe à 80% si les deux parents sont allergiques à la même chose. Le risque d’être allergique diminue à 30 % si un seul parent est concerné et 15 % si ce n’est le cas d’aucun des deux.

► Une allergie peut se développer à tout âge.

► Les allergies professionnelles concernent en priorité les boulangers (à cause des acariens de stockage), les coiffeurs (à cause des produits chimiques en tous genres) et les personnels soignants (à cause des produits de désinfection).

A contrario 10% des allergies peuvent disparaître spontanément, cela concerne majoritairement les très jeunes enfants (moins de 5 ans) qui ont des allergies alimentaires (ex: lait, œuf, blé)

Le saviez-vous ?

L’allergologie est depuis cette année seulement reconnue comme une spécialité à part entière, à l’instar de la gastro-entérologie, la neurologie, la cardiologie… Avant c’était une capacité du médecin généraliste, du pédiatre, du pneumologue ou de ORL.

Qu’est-ce qu’une allergie?

L’allergie se caractérise par une réponse inappropriée du système immunitaire face à un allergène. Elle se déroule toujours en deux étapes.

La première, asymptomatique, correspond au premier contact entre l’allergène et l’organisme. Le système immunitaire mémorise alors l’allergène. C’est la phase de sensibilisation. 

La deuxième correspond à la manifestation des symptômes. L’allergène entre à nouveau en contact avec l’organisme. Le système immunitaire le reconnait et déploie une réponse inappropriée, face à un envahisseur, somme toute, peut dangereux. C’est la phase de réaction allergique.

Qu’est-ce qu’un allergène?

Un allergène est une substance capable d’induire une réponse immunitaire et in fine une réaction allergique. Le plus souvent l’allergène est une protéine, plus rarement il peut être une substance chimique.

Les allergènes respiratoires sont regroupés sous le nom de pneumallergènes. Ils sont responsables des allergies les plus fréquentes : acariens, poils de chien et chat, pollens…

Les aliments responsables d’allergies alimentaires sont appelés des trophallergènes. Elles sont 3 fois plus fréquentes chez l’enfant que chez l’adulte (6,2% contre 2% des adultes concernés). D’ailleurs, il est recommandé de ne pas commencer la diversification alimentaire avant les 4 mois révolus de l’enfant (pas avant 17 semaines exactement) et même d’attendre jusqu’à ses 6 mois, car avant 4 mois, les études épidémiologiques ont mis en évidence un risque accru de développer des allergies.

Le saviez-vous ?

On peut être allergique à l’œuf cru mais pas à l’œuf cuit. Dans ce cas l’allergène est thermolabile, l’allergène est modifié lors d’un changement de température.

Enfin les allergies aux médicaments, aux venins d’hyménoptères (abeille, frelon, guêpe) ou encore les allergies au latex ou au nickel, sont plus rares. D’ailleurs les allergies médicamenteuses sont particulièrement difficiles à mettre en évidence, car il faut exclure l’intolérance à un ou plusieurs excipients et les possibles effets secondaires.

Une allergie peut se manifester à tout âge?

Vrai!

Vous pouvez avoir un bouleau dans votre jardin depuis 20 ans et un jour déclarer une allergie aux pollens de bouleau.

Quelle(s) différence(s) entre une allergie, une intolérance et une irritation? 

Il n’est pas rare de confondre une allergie avec une intolérance ou une hypersensibilité, tant les symptômes peuvent être similaires. Une allergie implique une réponse du système immunitaire, par l’intermédiaire des immunoglobulines d’isotype E (IgE), alors qu’une intolérance implique un problème enzymatique. Par exemple, une personne intolérante au lait ne synthétise plus suffisamment de lactase (enzyme) pour digérer le lactose (sucre du lait).

Enfin l’hypersensibilité est une inflammation locale, impliquant localement le système immunitaire par l’intermédiaire de médiateurs pro-inflammatoires (autres que les IgE, comme des interleukines par exemple). La seule éviction de l’élément irritatif permet de soigner les symptômes, sans nécessairement passer par la prise de médicaments (anti-histaminiques pour les allergies).

L’allergie croisée, qu’est-ce que c’est?

L’allergie croisée est la réaction allergique d’un individu à une substance apparentée (structure moléculaire semblable entre deux allergènes). Par exemple, une personne allergique au latex à des risques d’être aussi allergique à la banane et/ou l’avocat.

D’autres associations sont bien connues, comme l’allergie aux poils de chat et à la viande de porc ou l’allergie aux graminées et aux tomates/petits pois, l’allergie aux plumes d’oiseaux et au jaune d’œuf…

 Les fausses allergies

Certains aliments sont naturellement libérateurs d’amines biogènes, autrement dit, ce sont des vasodilatateurs naturels. Ils vont provoquer des rougeurs, des prurits ou même un urticaire, sans pour autant que ce soit une allergie alimentaire. C’est le cas, par exemple, du vin, du saucisson, des fraises, de l’ananas, des tomates, du chocolat, de la choucroute, du gruyère, du hareng, du thon, ou encore des crustacés. Toutefois, ces aliments peuvent également générer de vraies allergies.

L’allergie au soleil est un abus de langage. Le soleil va amplifier la réaction d’un allergène ou d’un irritant. Par exemple les huiles essentielles d’agrumes ou de bergamote peuvent entraîner l’apparition de plaques rouges sous l’effet du soleil. De nombreux médicaments (antiseptiques, anti-inflammatoires…) et des cosmétiques peuvent également générer des brûlures ou de l’eczéma.  Il s’agit soit d’une réaction non allergique, nommée réaction phototoxique, soit d’une réelle réaction allergique. Pour faire la différence entre les deux, on s’intéresse au pas de temps et à la localisation de ces rougeurs. Une réaction cutanée qui s’intensifie les jours après l’irradiation au soleil est considérée comme un mécanisme allergique et va déborder sur des zones du corps non exposées. Alors qu’une réaction maximale le lendemain, sur les zones du corps exposées au soleil, puis s’atténuant les jours suivants, est considérée comme une réaction phototoxique.

Enfin l’allergie à la poussière est également inexacte. On est allergique à ce qui se trouve dans la poussière, un mix d’acariens, de poils d’animaux, de spores fongiques…

Etre atopique, c’est déjà être allergique ? 

Non.

L’atopie est la prédisposition génétique à développer une sensibilisation. Mais toute sensibilisation ne se transforme pas en allergie.

Pour être diagnostiqué allergique, les allergologues prennent en compte le triptyque suivant : l’histoire clinique, la manifestation du système immunitaire et l’exposition. Si ces 3 conditions sont remplies favorablement, le patient est effectivement allergique.

► Histoire clinique:  l’individu présente des symptômes de types allergiques : rhinite, conjonctivite, asthme.

► Manifestation du système immunitaire

  • phase 1 : les prick tests, ce sont des tests cutanés où divers allergènes, sous forme liquide, sont déposés sur l’avant bras du patient. Le témoin positif est de l’histamine, elle entraîne une rougeur locale. Si un des allergènes provoque également une rougeur, celle-ci sera comparée avec le témoin positif. Si la personne réagit à au moins un des allergènes, elle est alors atopique. Près d’une personne sur deux réagit à au moins un des prick tests. 40% de la population française est atopique.
  • phase 2: une prise de sang est réalisée, afin de rechercher les IgE correspondant aux allergènes qui ont déclenché une réaction positive sur l’avant bras. Par exemple, si la goutte de noisette a entraîné une rougeur sur l’avant-bras, dans le sang, les IgE spécifiques à la noisette seront quantifiées. Si les taux, d’IgE spécifiques, sont élevées,  alors la personne est effectivement sensibilisée (mais pas encore allergique).

 

► L’exposition: toute personne sensibilisée à un allergène ne vas pas forcément développer une allergie. Par exemple, si une personne est sensibilisée aux poils de cheval, mais n’est jamais en contact avec ce dernier. Elle ne développera aucun symptôme. C’est la sensibilisation + l’exposition qui génèrent une allergie, une réponse excessive du système immunitaire.

Quelles sont les manifestations allergiques les plus fréquentes?

Les réactions les plus communes sont l’asthme, la conjonctivite, la rhinite allergique, l’eczéma atopique et l’urticaire. Plus sévères mais plus rares, on retrouve le choc anaphylactique et l’œdème de Quincke.

Le saviez-vous ?

Les principaux facteurs déclenchant une anaphylaxie sont les aliments (en tête les cacahuètes, les noix, les noisettes, les noix de cajou, l’œuf, le poisson et les coquillages), les venins, les médicaments et le latex. Cependant 20% des réactions n’ont pas de déclencheur identifié.

Un asthme est-il forcément lié à une allergie?

Non, même si 80% des asthmes ont une étiologie allergique, certains asthmes apparaissent lors d’une activité physique (asthme à l’effort), ou sont liés à une infection virale (asthme viro-induit) ou à des irritants, comme la fumée de cigarette.

Bibliographie:

Association Asthme et Allergies, données publiées lors de la journée française de l’allergie, le 21 mars 2017

Les études épidémiologiques , chez l’adulte, l’enquête ECRHS (European Community Respiratory Health Survey); et chez l’enfant, l’enquête ISAAC (International Study on Asthma and Allergies in Childhood).

Beani JC, Les photoallergies grave, Revue Française d’allergologie et d’immunologie clinique, 2008 : 48 :325-330

Bourrain JL, Phototoxicité, Photoalergie: Diagnostic et prise en charge, Inserm, CHU de Grenoble, 2008

Moneret-Vautrin DA, Épidémiologie de l’allergie alimentaire et prévalence relative des trophallergènes , Cahiers de nutrition et de diététique, 2001, 36 :247-252

Raffard M, allergie médicamenteuse, Monographie – Maladies Allergiques, Centre Médical de l’institut Pasteur, Chapitre 11 239- 251

Yoshihara K, Psychosomatic treatment for allergic diseases. BioPsychoSocial Medicine, 2015, 9:8

De Elodie | 4 mai 2017 | Santé Environnement